15 juin 2011
Yutaka GOTÔ
A la suite du grand tremblement de terre de l’Est du Japon, la petite Elena MATSUKI, 7 ans, de père italien et de mère japonaise, s’est ainsi adressée au pape : « Je suis Japonaise, j’ai 7 ans. Et je suis très effrayée. Parce que des maisons que nous pensions solides ont tremblé, que beaucoup d’enfants de mon âge sont morts, et que l’on ne peut plus aller jouer au parc. Expliquez-moi, vous qui êtes pape et qui pouvez parler avec Dieu, pourquoi des choses aussi tristes se produisent ».
Le pape Benoît XVI lui a répondu le 22 avril, dans une émission de la RAI (la télévision publique italienne) en ces termes : « Comme toi, je me demande « pourquoi ». Un jour, nous le comprendrons, tu sais sûrement que Dieu t’aime et qu’il est près de toi. Nous partageons la douleur de tous les enfants japonais qui souffrent, et nous prions pour eux. »
La Catalogne, Province autonome d’Espagne, a quant à elle décerné le 9 juin dernier le Prix international de Catalogne à l’écrivain japonais Haruki MURAKAMI. Dans le discours qu’il a prononcé à l’occasion de la remise de son prix, l’auteur a évoqué l’accident de la centrale nucléaire :
« Les raisons qui ont pu entraîner cette situation tragique sont assez claires. On ne supposait pas qu’un tsunami d’une telle ampleur pouvait se produire. Plusieurs spécialistes avaient bien indiqué que des tsunamis d’échelles comparables avaient déjà ravagé cette région par le passé, et ils avaient demandé que les normes de sécurité soient revues, mais la compagnie d’électricité n’avait pas pris leurs sollicitations au sérieux. Car l’idée d’investir des sommes d’argent colossales en prévision d’un éventuel grand tsunami, susceptible (ou non) de se produire une fois sur une période de plusieurs centaines d’années, ne pouvait pas être accueillie chaleureusement par une entreprise dont l’objectif est de faire du profit. »
« Le nucléaire est un système de production d’électricité qui affiche un bon rendement, argumentent les compagnies d’électricité. C'est-à-dire qu’il génère des bénéfices… Par ailleurs, le gouvernement japonais nourrit depuis longtemps des doutes quant au ravitaillement stable du pays en pétrole brut. Il a donc préféré, notamment depuis les chocs pétroliers, orienter le Japon vers une politique nucléaire. Les compagnies d’électricité ont dépensé des sommes colossales en publicité et corrompu les médias, pour persuader la population que le nucléaire représentait une solution particulièrement sûre. »
Le 26 mars, quelques jours après le grand tremblement de terre, le journal Asahi publiait dans sa chronique collaborative Koe (littéralement : « Voix »), un papier saisissant signé de M. Shûichi HIKI et intitulé « Quand les interrogations d’un écolier révèlent une dimension scientifique » :
« En entendant les responsables de la centrale de Fukushima Daiichi utiliser l’expression « impossible à anticiper », je me suis souvenu d’un incident qui s’était produit il y a une dizaine d’années au musée de l’énergie électrique de Tepco (dans le quartier de Shibuya, à Tôkyô). Je m’y trouvais par hasard, alors qu’une dizaine d’élèves de primaire y effectuaient une sortie scolaire. A la jeune femme chargée de les guider, et qui demanda « Avez-vous des questions ? », l’un d’entre eux, qui agitait la main énergiquement, commença à poser des questions sur les différentes mesures de sécurité de la centrale, déclenchées en cas de catastrophe.
- L’écolier : « Et si jamais ce dispositif se casse ? »
- La jeune femme : « Dans ce cas, ce dispositif-là fonctionne, donc tout va bien ».
- L’écolier : « D’accord, mais si ce dispositif-là se casse aussi, comment fait-on ? »
- La jeune femme : « Dans ce cas également, ce dispositif-ci fonctionne, donc tout va bien ».
- L’écolier : « Et s’il se casse, lui aussi ? »
- La jeune femme : « Ce genre de chose ne peut pas se produire!».
A court d’explications, la guide finit par perdre son calme. En repensant aujourd’hui à cette anecdote, je me dis qu’avec ses remarques simples, cet écolier était le plus scientifique des deux. L’inenvisageable est parfois le lot de la science, mais pourquoi des spécialistes du nucléaire, faisant le commerce de la sécurité, n’ont-ils pas pu imaginer ce qu’un enfant d’école primaire était capable d’envisager ? »
L’écrivaine japonaise Nanami SHIONO cite ainsi Jules César, dans son livre Ikikata no enshû – wakamonotachi e – (littéralement « Les manœuvres de la vie – à l’attention des plus jeunes », non traduit, aux éditions Asahi) :
« Nul homme ne peut percevoir l’intégralité de la réalité. La plupart des hommes ne voient de la réalité que ce qu’ils désirent voir ».
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