1er mai 2011
Yutaka GOTÔ
Ce 29 avril, les regards du monde entier ont convergé en direction du mariage royal qui se déroulait en Angleterre… Au Japon, le 29 avril aura marqué le début du grand pont annuel de la golden week (qui s’achèvera le 5 mai prochain). Ce jour-là, tous les tronçons du Shinkansen Tôhoku sur lesquels la circulation des trains avait été stoppée par le tremblement de terre ont été remis en service. Six jours après que la ligne de train à très grande vitesse du Tôhoku a été prolongée jusqu’à la gare de Shin Aomori (devant attirer dans la région un grand nombre de touristes), le séisme avait interrompu tout trafic. Les différents fragments de ligne ont peu à peu été remis en état, et avec la restauration du tronçon qui relie Sendai à Ichinoseki, la ligne est à nouveau entièrement opérationnelle, entre Tokyo et Shin Aomori. Des gares, des quais, des sous-stations ont été détruits, les rails brisés en 1 750 endroits. Il paraît que les rails courbés n’ont pas été changés, mais bel et bien redressés à la main. Lors du grand tremblement de terre de la région d’Osaka et de Kobe, en 1995, il avait fallu trois mois pour restaurer le tronçon de shinkansen reliant les gares de Shin-Osaka et de Himeji, distantes de 91,7 km. Cette fois-ci, il aura fallu 49 jours pour réparer le tronçon qui sépare Tokyo de Shin-Aomori, deux villes distantes de 713,7 km : un temps record, donc. Dès le soir du grand tremblement de terre de l’est du Japon, les métros et les chemins de fer privés remettaient déjà peu à peu leurs lignes en service, tandis que la compagnie JR (Japan Railway) s’attirait les critiques en déclarant qu’elle ne restaurerait pas le trafic le jour même, et en baissant les rideaux de ses gares ; dans ce contexte, la restauration rapide du Shinkansen Tôhoku paraît extraordinaire. Au lendemain du séisme, le 12 mars, le Shinkansen Kyûshû, au sud du pays, était réouvert à la circulation, et si les îles de Hokkaidô et de Shikoku ne sont pas desservies par le train à grande vitesse, l’on peut donc à nouveau circuler aujourd’hui entre Aomori, au nord (dans la région du Tôhoku), et Kagoshima, au sud du pays (dans l’île de Kyûshû).
Le 29 avril, premier jour de la golden week, les autoroutes ont comme chaque année rencontré une forte affluence, et plus d’une trentaine de kilomètres d’embouteillages se sont même formés sur les routes de la région du Tôhoku. J’ai entendu quelqu’un faire la déclaration suivante à la télévision : « Je me suis dit qu’au vu des circonstances, j’allais justement aller en voyage dans le Tôhoku pour y dépenser de l’argent ». Des bénévoles affluent de tout le pays vers la région, profitant du pont pour venir prêter main forte aux habitants des zones sinistrées. A tel point qu’il n’y a pas assez de travail à leur confier ! Nombreux sont par ailleurs les Japonais qui profitent de cette semaine chômée pour venir passer un moment dans leur village d’origine, et des embouteillages ont lieu même dans les agglomérations sinistrées.
Après le séisme, beaucoup d’entreprises ont versé de l’argent ou fourni des ressources matérielles pour la reconstruction. Un grand nombre d’entre elles ont également proposé leur aide sous forme d’activité économique bénévole. L’entreprise de produits pharmaceutiques Rohto a par exemple mis en place une cellule d’aide à la reconstruction. Le comité y a reversé 10% de sa rémunération (soit 40 millions de yens)et cette somme a été attribuée sous forme d’aide aux orphelins du séisme. Six employés de l’entreprise travaillent à temps plein sur ce projet. Chez Mitsubishi, 1 200 employés participent notamment à déblayer les décombres dans les zones sinistrées. L’entreprise a mis en place un « fonds d’aide à la reconstruction suite au tremblement de terre » et elle a prévu d’affecter 10 milliards de yens à la reconstruction dans les 4 années à venir, sous forme de contributions financières et de bourses d’études pour les étudiants.
Le magazine américain TIME a publié, dans un numéro spécial daté du 21 avril, la liste des « 100 personnes les plus influentes du monde ». Parmi elles figurait cette année Katsunobu SAKURAI, le maire de Minamisôma, une ville située dans la préfecture de Fukushima. Celui-ci avait lancé un appel au monde, juste après la catastrophe, dénonçant devant la caméra et via YouTube le manque cruel d’informations et de ressources matérielles auquel était confrontée la région de Fukushima. Un autre Japonais figurait également sur cette liste de 100 personnalités : Takeshi KANNO, médecin du village presque totalement détruit de Minamisanriku, dans la préfecture de Miyagi, demeuré jusqu’au bout dans l’hôpital Shizugawa pour y prodiguer ses soins et ses diagnostics.
La plupart des tournées prévues par des artistes étrangers au Japon ont été annulées. Placido Domingo a quant à lui décidé, justement, de venir au Japon pour y apporter un peu de gaieté. Il a donné un concert au NHK Hall le 10 avril, choisissant pour son rappel l’air populaire de Furusato (ou Pays Natal), et émouvant aux larmes une grande partie du public. Le Français Sylvain Cambreling, chef principal du Yomiuri Nippon Symphony Orchestra, est également venu au Japon pour y diriger des concerts les 16 et 18 avril. Après les nombreuses annulations, ces initiatives ont su réjouir les Japonais.
Sur le site de la centrale nucléaire, ceux qui travaillent le font dans un environnement particulièrement hostile. Mais ils poursuivent leur tâche avec un sens aigu de la mission à accomplir et nous inspirent le plus profond respect. La direction de la centrale veille à ce qu’ils ne soient pas exposés à un niveau de radiations supérieur à un certain seuil bien défini, mais l’inquiétude demeure. A partir de ce mois-ci, des robots utilisant des technologies japonaises et étrangères pourront commencer à être utilisés. Il s’agira notamment de robots pouvant déverser de l’eau sans intervention humaine et de machines permettant de mesurer le rayonnement.
Les parcs Tokyo Disneyland et Tokyo DisneySea, qui avaient été fermés suite au séisme, ont réouvert leurs portes le 28 avril, à la veille de la golden week. Durant le tremblement de terre, 70 000 personnes se trouvaient dans ces deux parcs d’attraction, mais elles ont été encadrées comme il se doit : des vêtements de pluie en aluminium ont été distribués aux visiteurs pour lutter contre le froid, ainsi que des parapluies. Ces mesures ont profité à la réputation des lieux, ce qui montre bien l’importance des entraînements réguliers et des prises de décisions dans l’urgence. Si les parcs ouvrent à nouveau, des efforts sont faits, paraît-il, pour économiser l’électricité, notamment au niveau des générateurs utilisés pour les chars de la parade électrique nocturne.
Les ampoules électriques à diodes électroluminescentes (LED) se vendent bien. Une étude portant sur la deuxième semaine du mois d’avril a montré que 2,2 fois plus d’ampoules LED avaient été vendues dans tout le Japon cette année par rapport à l’an dernier à la même époque, et que ce chiffre s’élevait à 2,8 fois plus dans les zones du Kantô où des coupures de courant sont programmées. Les ampoules LED représentent 27% du marché des ampoules électriques en nombre d’unités vendues, et 67% des recettes dégagées par le secteur. Elles consomment huit fois moins d’électricité que les ampoules à incandescence, mais leur prix élevé représentait jusqu’à présent leur point faible. Il y a seulement un an et demi, une ampoule LED coûtait 4 000 yens. Ce prix est descendu à 2 000 yens environ grâce à la production de masse, et les ventes ont progressé en raison de la nécessité d’économiser l’électricité à la suite du tremblement de terre.
Les ventes de vélomoteurs électriques permettant, en pleine charge, de parcourir 45 km (99 800 yens)augmentent, tout comme les ventes de jeux qui peuvent s’utiliser en intérieur et sans électricité, comme Othello ou le Rubik’s Cube.
Les secteurs du tourisme, de l’agriculture, de la pêche souffrent des rumeurs qui courent sur le Tôhoku, même dans les zones éloignées de la centrale électrique. A l’étranger, l’emplacement géographique des différentes villes japonaises est méconnue, et des serviettes fabriquées au sud du pays, dans la région de Shikoku située à plus de 800 km de Fukushima, ont été interceptées par les services de douanes italiens et fait l’objet d’un contrôle de rayonnement – un exemple parmi tant d’autres… A Paris, après qu’un article du Monde a signalé une baisse de fréquentation des restaurants spécialisés dans la cuisine japonaise, le propriétaire d’un célèbre établissement japonais a signalé une chute encore plus sévère du nombre de couverts servis dans son restaurant. Les tests se renforcent par ailleurs au niveau des denrées d’importation qui permettent de préparer la cuisine japonaise, ce qui rend l’achat de ces matières premières plus compliqué. Il n’y a absolument aucune raison d’éviter les restaurants japonais en France. Continuez à apprécier… non, tâchez d’apprécier encore d’avantage aujourd’hui la cuisine qu’ils proposent !
:: Numéro 10 : Etat des lieux dans un club de fitness
:: Numéro 9 : Économiser l'électricité au quotidien
:: Numéro 8 : Les enseignements du grand tremblement de terre
:: Numéro 7 : "La vie post-séisme" – 3#
:: Numéro 6 : "La vie post-séisme" – 2#
:: Numéro 5 : "La vie post-séisme" – 1#
:: Numéro 4 : "Séisme et centrale nucléaire"
:: Numéro 3 : "En cas de tremblement de terre"
:: Numéro 2 : "Les toilettes modernes"
:: Numéro 1 : "Le réseau ferré au Japon"