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14/05/2012 - Economie
Pression fiscale
Le Nikkei Business constate une augmentation générale de la pression fiscale sur les entreprises comme sur les particuliers afin de financer notamment la réforme de la Sécurité sociale et la reconstruction.

20/05/2012 - Urbanisme
Les deux tours
A l'occasion de l'inauguration prochaine de la tour Tokyo Sky Tree, prévue le 22 mai,le Sunday Mainichi s'interroge sur l'avenir de la tour de Tokyo.

Source : CCIFJ
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m-goto

 
 
  :: Séisme et centrale nucléaire – 2ème chronique  

1er avril 2011

Yutaka GOTÔ

Trois semaines se sont maintenant écoulées depuis le grand tremblement de terre du Tôhoku et du Kantô. Les dégâts sont indescriptibles dans le nord-est du Japon. Mais cette situation et le problème de la centrale nucléaire ont largement été relayés par les médias jusqu’en France, donc je n’en parlerai pas ici. Aux alentours de Tokyo, la vie a repris son cours et les trains circulent à nouveau à peu près normalement. La région du Kantô connaissant des carences en électricité, elle a été divisée en 25 zones et des interruptions de courant d’environ 3 heures ont été planifiées pour ces 25 zones, à tour de rôle. Comme il fait doux depuis quelques jours, le chauffage n’est plus nécessaire et bien souvent, les interruptions n’ont pas lieu. Mais avec l’arrivée de l’été, la climatisation va devenir indispensable donc le manque d’électricité inévitable, et l’on prévoit la reprise des interruptions. Les escaliers roulants seront stoppés dans les gares, l’éclairage des rues sera coupé, les enseignes lumineuses des magasins seront éteintes. Il fera sombre, mais peut-être fait-il plus clair que nécessaire en temps normal… Ce ne sera pas toujours pratique, mais nombreux sont ceux qui s’accordent à dire que ce n’est rien au regard de la peine des victimes de la catastrophe. Cette fois-ci, le sentiment d’entraide, cette envie de faire tout ce qui est dans le pouvoir de chacun pour se rendre utile, est frappant. La Croix-Rouge japonaise et la Central Community Chest of Japan ont à elles seules collecté 70 milliards de yens en deux semaines, dépassant largement les sommes récoltées après le grand séisme de Kôbe. Particularité notable : les fonds collectés sont pour une très grande part des dons versés à titre individuel, et non le fait d’associations. L’argent afflue également de l’étranger, tout comme les nombreux messages de solidarité envoyés sous toutes les formes imaginables.

Dans le Tôhoku, les victimes de la catastrophe manquent encore cruellement de biens matériels. Aux alentours de Tokyo, des files d’attente se sont formées au départ aux pompes à essence, mais elles ont disparu. L’eau minérale fait défaut. Alors même que la demande augmentait, la fabrication des bouchons de bouteilles a pris du retard. Les tailles de bouchons variant d’une société à l’autre, la production ne pourrait pas être augmentée rapidement. Si les yaourts manquent, ce serait d’une part parce que la production de lait a baissé, mais également parce que la production du film servant à la fabrication des opercules ne suivrait pas la demande. Lorsqu’une usine qui fabriquait des pièces détachées est endommagée, les répercussions sont nombreuses également. Les voitures utilisent par exemple un grand nombre de pièces détachées ; si l’approvisionnement est impossible pour une seule de ces pièces, elles ne peuvent être fabriquées entièrement et la production doit être momentanément stoppée dans les usines.

La population japonaise, à commencer par les victimes du Tôhoku, n’a pas cédé à la panique. Elle a calmement et attentivement observé la situation. Je me réjouis de constater que de nombreux médias et individus étrangers considèrent avec bienveillance comme une vertu japonaise le fait que les pillages ont été extrêmement rares dans les zones sinistrées, que les gens ont calmement pris place dans les files d’attente pour les distributions de nourriture, que les populations sinistrées s’efforcent de conserver un certain ordre dans les lieux où elles ont trouvé refuge…

Hier, 31 mars, le président Sarkozy est venu en visite au Japon. Il a déclaré qu’il mettrait à l’ordre du jour du sommet du G8, au mois de mai, la question de la centrale nucléaire Fukusima Dai-ichi. Anne Lauvergeon, PDG d’Areva, est arrivée au Japon au même moment pour apporter son aide sur la question de la crise nucléaire. Ces deux visites ont été médiatisées plus que de coutume, tant à la télévision que dans les journaux. Leur timing était parfait et elles ont contribué à valoriser l’image de la France au Japon.

Le séisme a été particulièrement fort et long. On ne peut pas vraiment parler à Tokyo de « séquelles », mais bon nombre d’habitants de la capitale ont encore du mal à s’apaiser. Voici quelques anecdotes glanées dans un Tokyo assez éloigné du foyer du séisme.

Un habitant de la capitale prenait un bain, après une séance de sport, lorsque le tremblement de terre a frappé. Il est précipitamment sorti, nu, de la salle de bain. Voulant enfiler un pantalon, il l’a finalement mis devant-derrière, puis il a fini de s’habiller en hâte avant de sortir. Depuis, il n’arrive plus à prendre un bain tranquillement, il sort toujours rapidement de la baignoire.

Dans certains appartements de Tokyo, les toilettes ont débordé. Et les piscines de la capitale se sont à moitié vidées. Dans la confusion, des personnes en sont sorties en toute hâte pour se retrouver dehors en maillot de bain et grelotter de froid. Une connaissance m’a confié qu’à la suite de cette histoire, elle n’avait plus la moindre envie d’aller à la piscine.

Les personnes qui se trouvaient dans des appartements situés en haut d’immeubles de plus de 20 étages s’accordent toutes à dire que les bâtiments entiers se sont mis à tanguer comme des bateaux, et qu’elles ont été prises d’une terrible frayeur, pensant que la fin du monde était proche. Comme il était 14h46, de nombreux hommes étaient au bureau, les enfants à l’école, certaines femmes et personnes âgées seules à la maison, ce qui a ajouté au sentiment de frayeur. Les répliques sont encore très nombreuses et l’on ne peut s’habituer aux secousses.

Un de mes amis était parti en voyage d’affaires à Sendai ; il venait de monter dans le shinkansen du Tôhoku en provenance de Sendai lorsque le tremblement de terre a frappé et son train s’est arrêté dans un tunnel. Son portable ne passait pas, mais comme la messagerie électronique fonctionnait encore, il a envoyé un courriel à sa famille pour prévenir que son train était stoppé dans un tunnel. Il ne connaissait pas encore l’ampleur des dégâts qu’étaient en train de produire le séisme et le tsunami, et pensait juste que le train s’était arrêté par mesure de précaution, comme souvent. Sa famille était quant à elle devant la télévision et, persuadée que l’entrée et la sortie du tunnel allaient être bouchées, était très inquiète. Ce n’est que le lendemain, lorsque le train put repartir et que les téléphones portables captèrent à nouveau, qu’elle put enfin être rassurée. Dans le shinkansen, un repas simple avait paraît-il été servi pour faire patienter les passagers. Au moment du tremblement de terre, plus de 80 trains à grande vitesse étaient en circulation dans le pays et ils se sont tous arrêtés automatiquement. Il n’y a semble-t-il eu aucun accident.

Source d’inquiétude, les lignes de téléphone fixe et de téléphone portable ont été coupées juste après le séisme, y compris à Tôkyô. Dans les zones sinistrées du Tôhoku, elles n’ont pas encore été rétablies. Il est important, lorsque tout sera revenu à la normale, de prévoir un moyen de communiquer avec sa famille. C’est la leçon que j’aurai retenue cette fois-ci et nous avons convenu, les membres de ma famille et moi-même, de nous laisser à l’avenir des messages sur des forums de discussion en cas de catastrophe.

Le Japon est particulièrement bien préparé pour faire face aux séismes, peut-on dire. Par exemple, des alertes précoces de tremblement de terre sont diffusées avant que la secousse ne se fasse sentir. Les programmes de télévision sont interrompus pour transmettre l’annonce suivante : « un fort séisme est sur le point de se produire dans telle et telle préfecture. Soyez vigilants. ». Puis les caméras de la région concernée retransmettent des images de la secousse. L’annonce est diffusée simultanément sur les téléphones portables. Elle a été utilisée 45 fois jusqu’à aujourd’hui.

Une à deux minutes après la secousse, cette fois, la télévision transmet des informations sur le séisme et énumère les noms de toutes les villes touchées par un tremblement de terre d’une magnitude supérieure à 3.

Des exercices ont également lieu pour apprendre à se mettre à l’abri en cas de tsunami. A Miyako, ville particulièrement touchée par la catastrophe, s’élevait une rassurante digue de protection de 10 mètres, la plus haute du Japon. Les inspections consécutives à la catastrophe ont montré que la vague avait atteint en son plus haut point près de 16 mètres de hauteur. On l’a beaucoup dit, mais l’ampleur de ce tsunami a dépassé toutes les prévisions. Par endroits, les habitants se sont tous réfugiés dans les lieux préconisés au cours des exercices et n’ont pourtant pas été épargnés.

Nous nous sommes rendu compte que l’on ne pouvait pas tout prévoir, que l’on ne peut jamais être sûr de tout, que la nature possède une force inouïe, qu’il ne faut pas avoir une confiance absolue dans la science et dans la technique, et que les hommes ne doivent pas pécher par orgueil. Nous avons aussi pris conscience de l’importance de l’électricité, de l’eau, de l’air, et du bonheur que représente le fait de pouvoir vivre une vie normale – et nous en éprouvons beaucoup de gratitude.

Fin de l’article

:: Numéro 10 : Etat des lieux dans un club de fitness
:: Numéro 9 : Économiser l'électricité au quotidien
:: Numéro 8 : Les enseignements du grand tremblement de terre
:: Numéro 7 : "La vie post-séisme" – 3#
:: Numéro 6 : "La vie post-séisme" – 2#
:: Numéro 5 : "La vie post-séisme" – 1#
:: Numéro 4 : "Séisme et centrale nucléaire"
:: Numéro 3 : "En cas de tremblement de terre"
:: Numéro 2 : "Les toilettes modernes"
:: Numéro 1 : "Le réseau ferré au Japon"




Yutaka GOTÔ
Postes occupés lors de son séjour en France :  
Directeur général du Shiseido Communication Center for Europe
Président de la Chambre de Commerce de l’Industrie Japonaise en France (CCIJF)
Vice-président du Comité d’Echanges Franco-Japonais (CEFJ)

Monsieur GOTÔ a travaillé pendant 36 ans chez Shiseido, dans le département des opérations internationales, celui de la planification produit et celui des relations publiques. Pendant sa carrière chez Shiseido, il a passé 21 ans à l’étranger : 1 an à Hawaï, 6 ans à Milan et en tout 14 ans à Paris, en deux séjours. Membre des bureaux du Club Franco-Japonais et de l’Italy-Japan Business Program, il contribue activement aux relations franco-japonaises et italo-japonaises.
 
© Photo by Mitsuru Hirota / DTPWORLD, 2006
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